Attention, web 2.0 arrive !

Il est arrivé et on vous en parle partout sur internet. Impossible à vrai-dire de ne pas retenir son nom et si vous ne voulez pas passez pour un homme de Cro-Magnon, il vous faudra bien le sortir lors d’une conversation ou l’autre : Internet 2.0. C’est une appellation qui fait fureur dans la bouche de tous les rédacteurs de magasines et qui appelle à l’innovation ! L’informatique ne s’arrêtera donc jamais, et c’est tant mieux. Cependant, alors que tous ne jurent que par lui dans la presse numérique et dans les revues informatiques, nous aimerions émettre ici quelques réserves sur les problèmes et sur les inconvénients que peuvent nous apporter le fameux web 2.0. C’est pourquoi nous allons découvrir rapidement l’enjeux de ce grand pas pour Internet et de ce petit pas pour votre vie privée.

Le principe du web 2.0, fondamentalement, c’est quoi ? C’est l’implémentation directe ou indirecte des ressources qu’offre Internet et son boum technologique dans votre utilisation quotidienne de l’ordinateur afin d’en décupler les possibilités. Plus concrètement, c’est l’occasion pour l’utilisateur de s’approprier la toile, de personnaliser ses propres outils sur Internet et d’y laisser son emprunte durablement. Et pour cela les solutions foisonnent : le plus souvent gratuites et performantes, elles offrent des outils tels la gestion en ligne du courrier électronique1, d’images2, de vidéo3, de son4 et enfin de contenu5. Voyez comme l’énumération ici s’avère fastidieuse ! En plus de cibler vos loisirs informatiques, on se lance timidement dans la bureautique6 et depuis longtemps dans votre gestion du temps7 et de vos communications en direct8, ce qui peut s’avérer pratique pour la collaboration professionnelle. Enfin, on crée de nouveaux outils, ou plutôt des besoins de socialisation qui rassemblent les internautes autour de communatés9. C’était sans compter les systèmes d’exploitation 2.0. Vous les avez vus partout dans les magazines : ces bureaux en ligne avec un explorateur web, une suite bureautique, un calendrier, une calculette, un lecteur multimédia et quelques jeux de plateau10. Ils poussent partout, comme des champignons à la saison ! C’est un véritable e-environnement comprenez un environnement internet, qui émerge et qui relègue définitivement ceux qui utilisent encore leurs bons vieux logiciels dans les cartons, avec « l’ordinateur de papa ». Je vous conseille de lire cet article, pas très long et très didactique de Louis Naugès sur le phénomène 2.0 pour mieux comprendre de quoi il retourne. À long terme, si le web 2.0 devait véritablement s’imposer et se généraliser – ce qui n’est pas encore dit – on comprend très vite que l’ordinateur personnel ne tendra plus à devenir une machine ultra puissante capable de tout mais plutôt un client léger et rapide optimisé pour l’accès à Internet en permanence. Alors qu’actuellement la concurrence est rude et que les guerres de marché font rage sur tous les fronts, cela s’avérera-t-il vraiment positif pour votre portefeuille ? Pas sûr…

[Note : Attention, la suite du développement de cet article se base sur des prévisions et sur des exagérations volontaires. Nous espérons de la sorte attirer votre attention sur des dangers éventuels de manière pédagogique.]

Quel avenir pour le web 2.0 ? Il semble beau mais pourra-t-il seulement se développer librement ? En effet, si pour l’instant de nouvelles entreprises rafraîchissant le monde informatique deviennent très lucratives et que d’autres comme Google, qui s’implante partout, enfoncent le clou, ce sont les leaders traditionnels qui semblent largués : comment vont réagir Apple et Microsoft pour se repositionner, ainsi que tous les éditeurs de logiciels ? Des firmes comme Adobe ou Sun Microsystem peuvent injecter leur technologie11 dans le web 2.0, mais ce n’est pas le cas pour des logiciels comme la suite bureautique de Microsoft, les lecteurs multimédia de type Itunes, etc. Est-ce que des géants comme Windows Live vont se laisser faire, distancé comme il tendent à l’être aujourd’hui ? Il est possible de faire actuellement sur internet pas mal de choses qu’on peut ensuite partager. Ça change la donne pour les logiciels traditionnels qui perdent de leur attractivité. Il s’avérera plus difficile de les vendre au grand public. Du côté des géants de l’informatique actuels, on ne risquera pas si facilement la perte d’un monopole alors qu’a confortablement assis l’économie de l’informatique dessus depuis des années. Si les systèmes d’exploitation s’ouvrent aux joies d’internet avec les Widgets/Gadgets, avec les compléments en ligne de certains logiciels et avec les espaces communautaires virtuels que l’ont connaît actuellement, ils sont loin de faire l’unanimité. Il serait intéressant de voir la réponse de ces ténors en terme technique et de marketing12. Miser sur le web 2.0, c’est affaiblir les leaders actuels mais pas d’exagération : on ne s’en passera pas de sitôt !

Cela nous oblige à ouvrir une parenthèse sur les origines du web 2.0, ou en tout cas sur des phénomènes qui l’ont fortement influencé. Web 2.0, comme si on y était passé subitement. Beaucoup de facteurs lui ont permis de voir le jour petits à petits mais les plus importants sont probablement issus du monde des logiciels libres. Les fervents défenseurs des systèmes GNU/Linux et des programmes GNU ont diffusé à travers 20 ans de combats parfois acharnés sur les forum des idées de liberté, de gratuité et d’indépendance technologique. Si le web 2.0 ne reflète pas à 100 % l’idéologie du libre13, il s’en inspire et donne une impression de liberté à l’utilisateur, dont on sent aujourd’hui l’engouement, qui choisi à la carte entre des dizaines d’outils simples à prendre en main, ce qui change évidemment du clivage Mac/PC traditionnel. Et puis, c’est aussi grâce aux efforts fournis par les communautés du libre que tous ces outils ont vu le jour. En effet, PHP, Mysql, les serveurs Linux, les innovations en matière d’installation de système via ftp et donc sans support amovible, de noyaux et de bases de travail robustes mais très légers, modulables à souhait et très évolutifs. Tous les formats technologiques et les codes standardisés, ouverts, libres et améliorables mis au point sous cette philosophie du libre sont autant d’outils qui ont ouvert la voie au web 2.0 tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Cependant, si on peut rechercher des affinités avec le monde du libre, on peut parler de divergences radicales sur le fond et de l’apparition de dangers potentiels qui se révèle parfois déjà concrets. En effet que dire, pour commencer, de la sécurité des données ? Si dans l’informatique traditionnelle il faut pénétrer sur la machine d’un individu pour voler ou détruire ses données, dans le web 2.0, les attaques seront à prévoir, selon nous, au niveau des transmissions de ces données sensibles. Il est toujours plus simple pour les brigands de grand chemin de saisir leur butin au vol : mots de passe, comptes bancaires, courriels, … autant de données qui transitent en permanences sur la toile ! Alors imaginez l’informatique du web 2.0 concentrée dans l’interaction permanente entre des clients et des serveurs via le net ! Rassurez-vous, les réponses ne sont jamais longues à répondre aux problème. Ceci dit, la sécurité de vos données pourrait néanmoins être mise en péril. D’ailleurs, que penser de tous ces hébergeurs et de toutes ces firmes qui vous offrent leurs services, qui vous obligent à vous enregistrer et à encoder une série d’informations personnelles ? Sont-ils toujours fiables, quelle garantie avons-nous de ne pas assister à des abus commerciaux massifs ? Et pire encore, que dire des petits malins qui vont en profiter – s’ils n’en profitent pas déjà à présent – pour créer des pseudos services dont le but exclusif serait de récolter ces précieuses données en toute discrétion pour des usages malveillants ou commerciaux ? Et puis, ne soyons pas naïfs, beaucoup de personnes mal intentionnées squattent ces milieux communautaires parce que certains utilisateurs, surtout les jeunes, y dévoilent trop facilement des informations privées. Facebook & co, une nouvelle arme pour les pédophiles & co ? Tout ceci n’est évidemment qu’un tableau brossé au pire du pire, mais c’est bien pour vous montrer là des dérives prévisibles du web 2.0, qui laisse déjà là un peu de son aura de liberté totale. Une fois de plus, comme dans tout, l’utilisateur devra trouver le point d’équilibre entre liberté et sécurité d’utilisation.

Et puis si aujourd’hui les limites de l’informatique se situent souvent dans votre logiciel et dans les capacités de votre machine, demain elles se situeront plutôt dans la qualité de programmation des sites web et dans la rapidité des connexions à internet. Pour jouir pleinement du web 2.0, il faut nécessairement être connecté au haut débit et qui dit haut débit dit presque toujours ADSL. Alors, que faire en cas de panne de connexion ou de coupure de réseau ? Que dire aussi de la différence de potentiel d’une région à l’autre dans le monde ? Pensons tout particulièrement au réseau qui plafonne désespérément en Belgique alors qu’en France, par exemple, les taux de transferts sont bien plus élevés. Et enfin, les développeurs du web 2.0 ont-ils imaginé une seule seconde à qui tout cela allait vraiment profiter, en terme de mannes bénéficiaires régulières? Réponse : aux fournisseurs d’accès à Internet parce qu’ils sont très bien placés et indispensables. Ils sont en plein boum depuis des années et, s’ils fournissent des accès de plus en plus rapides et fiables et qu’ils contribuent ainsi au développement du web 2.0, ils ramassent au passage les précieux abonnements et les fruits qu’ils rapportent durablement, grâce à la création d’un biotope virtuel varié et de plus en plus épanouissant. En Belgique, le prix moyen pour une connexion à l’ADSL basique est d’environ 40 euros par mois.
La force des choses veut que la connexion ADSL se généralise, pour le confort de tous. Toutefois, axer une utilisation informatique sur l’internet, c’est accentuer encore plus la fracture numérique. Explications : une famille modeste peut à l’heure actuelle acheter un pc plus âgé d’occasion, y faire tourner peut-être une solution GNU/Linux pour lui rendre gratuitement une deuxième jeunesse et faire tout ce que le commun des mortels peut faire, ou presque, tout en continuant de manger, de s’habiller et de se loger. Par contre, si le critère majeur devient la connexion à Internet à haut débit, on parle ici d’abonnements obligatoires et on exclus les « secondes-mains » et les « occasions ». Donc, on écarte directement les plus démunis. C’est de toute façon déjà ce qui est en train de se passer me direz-vous. Seulement est-ce bien là un argument valable ? On ne devrait malheureusement déjà plus parler de fracture numérique mais bien d’une réelle fracture sociale qui a des répercussion dans l’enseignement et dans le milieu professionnel.

Un autre point à discuter c’est l’internet 2.0 et la sous exploitation des machines. Aujourd’hui déjà on fournit au grand public des machines surpuissantes qui sont sous exploitées14 alors, imaginez toutes cette puissance énergivore limitée à l’utilisation d’un explorateur internet et à la lecture multimédia !

Et pour clôturer cette série d’hypothèse, on peut deviner que si le besoin en machines puissantes diminue, alors l’offre s’adaptera pour ces clients ultra légers et très portatifs comme on en voit déjà les prémisses actuellement15. Donc, inévitablement, les prix des ordinateurs plus puissants augmenteront et pénaliseront du même coup les professionnels qui en ont besoin comme par exemple les infographistes, les ingénieurs, les architectes, les artistes et les scientifiques.

Alors même si cet article se base sur des hypothèses et sur des exagérations, nous sommes finalement très sceptiques au regard des possibilités réellement nouvelles et des problèmes qui pourraient survenir suite à une utilisation plus poussée du web 2.0. S’il devient possible à tous de publier ses photos de vacances en ligne et de les commenter tout en partageant des vidéos et des documents de travail sans connaissances techniques préalables : parfait16 ! Espérons seulement que sur le fond, le consommateur trouve des pistes pour se protéger rapidement car si ces services se démocratisent et deviennent faciles d’accès pour tous, la protection de la vie privée s’en trouve une nouvelle fois menacée ! Toutefois, nous espérons que ces critiques pourront servir de base à l’identification de certains problèmes à résoudre et qu’elles permettront l’ouverture de débats constructifs sur la direction que doit prendre le web 2.0 pour être profitable à tous. En attendant, nous continuerons à pianoter sur notre bon vieil ordinateur rudement bien monté qui peut faire presque tout à la carte, relativement bon marché et cela pour le bonheur de nos sacro-saints geeks qui pourront rêver, des nuits durant encore, de leur matériel informatique et de la façon dont ils vont contrôler, un jour et c’est certain, le monde !

  1. Pensez à l’excellent Gmail, à Hotmail, etc. []
  2. Les deux géants Flickr et Picasa, mais aussi Tutoshop, Deviantart, etc. []
  3. Youtube, Dailymotion, Google Video, etc. []
  4. Myspace []
  5. Les formules ne manquent pas : Blogger, Windows Live Spaces, Skyblog, etc. La liste est très longue ! []
  6. Google Docs []
  7. Google Calendar, le calendrier Windows Live, etc. []
  8. WebMessenger, Google Talk via Gmail, etc. []
  9. Facebook, Orkut, Hi5, MySpace, … []
  10. Gos, YouOS, EyeOS, etc. []
  11. Java, pdf, flash, etc. []
  12. Notez que Windows investit d’ores et déjà dans Facebook à hauteur de 240 millions de dollars []
  13. Les produits restent propriétaires, des formules payantes sont en retrait prêtes à s’imposer au consommateur et, au final, on sort d’une dépendance pour une autre ce qui ne marque aucun progrès sur le fond. []
  14. N’hésitez pas à vous renseigner sur le projet Boinc à l’occasion, et puis aussi. []
  15. Regardez les commercialisations en chaîne de ces minis ordinateurs portables équipés du stricts minimum []
  16. Encore que pour un partisan du libre, les linuxiens par exemple, on préfère connaître – ou du moins permettre l’accès à la connaissance pour qui le souhaite – le fonctionnement de leur machine/site/logiciel dans des buts pédagogiques et éthiques. []

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