21 juillet 2011 2 commentaires

Humeur d’actu alitée : la fête nationale belge

Le 21 juillet est journée nationale en Belgique, mais combien de Belges connaissent le symbole de cette date ? Allez, pour les incultes, il ne s’agit pas de la révolution belge qui eut lieu en août 1830, ni même de la date d’indépendance de la Belgique, qui ne fut officialisée que le 19 avril 1839, lors de la signature du traité des XXIV articles. Le 21 juillet 1831, Léopold de Saxe Cobourg Gotha prêta serment et devint Léopold 1er, premier roi des Belges. À l’heure des défilés et autres titres de presse, j’ai envie de livrer mon impression sur ce pays, sur mon pays, que je considère comme un État aux deux nations.

L’union fait la force, telle est la devise belge. Toutefois, il n’y a plus de Belgique unie, elle n’existe qu’en trois motifs : noir, jaune, rouge. Wallonie, Flandre et Bruxelles, à moins que ce ne soit communauté française, communauté flamande et communauté germanophone, allez savoir, même un juriste peut s’y perdre.

Le sursaut de patriotisme et d’intérêt envers l’Autre, envers Celui Qui Parle l’Autre Langue de l’Autre Côté de la Frontière Linguistique (tiens, un concept tellement belgo-absurdo-belge) tient son origine des remous politiques et « communautaires » de notre pays. À force de se sentir menacés, les gens se regardent dans les yeux et réalisent qu’ils sont humains, amis, voisins et pas si différents que ça. On boit une jatte de café au sud et we drinken een jatte café au nord aussi. On dit salut dans les deux langues, on « tire son plan » pour se débrouiller, expression qu’on calque de notre ami flamand qui « trek zijn plan ». Les élèves peu studieux brossent le cours en français, et brosseren de les en néerlandais. On peut rire de nous-mêmes et on n’affectionne pas l’armée, les drapeaux et les conflits. On aime la bière, le fromage et le vin, on préfère encore les frites, d’Arlon à De Haan. Le Belge aime construire, épargner et faire la fête. Pourtant, la Flandres est plus urbaine, les villes sont belles et propres, la musique et le cinéma sont en plein essor, les vélos et les trains y circulent facilement, le pays y est plat et les offres d’emploi foisonnent. Et puis il y a le port d’Anvers. Au sud, il y a les forêts, l’esprit bon vivant et festif, la chaleur de vivre et l’envie de faire mieux. Il y a aussi un lourd passé industriel et un héritage qu’on aimerait moins pesant : des villes sales (pour ne pas dire dégueulasses ou immondes), un déclin économique et du chômage. Pourtant ce n’est pas l’unique réalité au sud, les universités, les PME, l’industrie, la culture existent ! C’est simplement différent et l’image que l’on a du Flamand dynamique et du Wallon bon vivant tient tout d’une construction culturelle, médiatique et politique que d’un stéréotype basé sur une quelconque vérité.

Le mot communautaire pèse toutson poids dans le lexique d’un Belge. Force est de constater qu’en ce moment les communautés ne sont plus ouvertes à la collaboration, mais tendent bien à se rejeter mutuellement. Alors dans un dernier soubresaut on organise des concerts avec des artistes francophones, néerlandophones et germanophones la veille de la fête nationale, dans le cadre du premier Belgian Festival entendais-je aux informations aujourd’hui. C’est bien, c’est chouette. Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps avant d’y arriver ? Pourquoi existe-t-il des Francopholies à Spa et pas de Belgofolies ailleurs dans le Royaume ? Qui peut me citer plus de cinq noms d’artistes ou de groupes flamands ? Qui parle le néerlandais, le comprend ou, à défaut, aimerait s’y intéresser et l’apprendre ? Qui regarde la télévision flamande, ou a déjà un film flamand ? Qui a des amis et de la famille en Flandre ? Que cesse tout ce raffut pour une Belgique unie, qui n’est parfois plus que l’ombre d’elle-même comme ces défilés militaires qui ne sont que les restes dérisoires et démodés d’un autre temps où le symbole suffisait à contenter la plèbe.

On n’arrête pas de dire que la crise est politique, mais si son origine était à chercher ailleurs ? Et si nos amis flamands, de guerre lasse, n’espéraient plus de voir leurs voisins wallons faire autant d’effort qu’eux au niveau linguistique, culturel et de l’emploi ? Moi, Wallon, jeune citoyen et encore motivé à l’idée de participer à la construction de ma société de demain, je constate que l’écrasante majorité de mes semblables se borne à dire que « le flamand, Aurélien, franchement, c’est moche et puis personne ne le parle ». « Oh hein les Flamands, tu sais, ils ont beau dire ! On a quand-même tiré la Belgique depuis sa création et maintenant que la richesse remonte, ils nous lâchent injustement ». J’oubliais le « de toute façon je m’en fous, je vais en vacances en France et pour le reste quelques mots d’anglais me suffisent ». Heureusement, beaucoup de jeunes sont loin de ces propos stupides et caractéristique de la connerie qui peut occuper un être humain. D’un autre côté, les jeunes ne sont pas plus prêts que leurs parents à s’ouvrir au flamand, à sa culture et aux gens qui le parlent.

Si c’est pour ne pas faire d’efforts, pour ignorer la culture, le mode de vie, la pensée, les aspirations, les objectifs de nos amis et voisins flamands, pour ne pas chercher à les comprendre et se cantonner à les critiquer : à quoi bon préserver l’État Belgique ? Regardez-vous en face, les Flamingants ont peut-être raison, la Belgique n’a peut-être plus lieu d’être. Probablement, si on y regarde honnêtement, que ce sont les Wallons qui n’ont jamais voulu des Flamands. Parce que même historiquement, au temps où les Flamands émigraient chez nous pour trouver du boulot, combien de leurs petits enfants parlent encore le flamand aujourd’hui, cette langue taboue dans nos villages de rustres Wallons intolérants ? Aujourd’hui, du côté des francophones déménageant en masse en Flandres, près de Bruxelles, combien parlent le néerlandais et incitent leurs enfants à se « flamandiser » pour mieux s’intégrer ? Je souhaite sincèrement garder mon pays où il fait tellement bon vivre, maar ik heb slechts een vraag : wie is klaar om een beetje ervoor te werken, om een beejte Nederlands te leren, om een paar Vlamingen te ontmoeten en ermee veel goede momenten te leven ? Wie kijk nog naar de VRT of naar Ketnet op de televisie om de actualiteit in Vlaanderen te vernemen ? Wie lees de nieuws in Vlaams ? Et à tous ceux qui ne voudront pas changer de mentalité, je dis qu’il vaut mieux en rester là, séparer les deux régions et moi, j’irai vivre ailleurs tout en gardant dans mon cœur la Wallonie où j’ai grandi, car j’éprouve une sainte horreur pour l’ignorance, le replis identitaire et le mépris de l’autre et de ses différences.

Posons-nous les bonnes questions, on veut une Belgique ? Alors osons tout changer et ce sans uniquement critiquer ce qui nous dérange au nord. Cherchons des points communs, et réparons certaines de nos erreurs passées commises au sud. Créons un pays vraiment bilingue, fédéré avec une seule chaîne nationale bilingue, avec un enseignement unifié et des événements culturels communs. Forçons-nous *VRAIMENT* à apprendre, à apprendre à aimer et à respecter le flamand et à défaut le néerlandais. Si on ne veut pas de ça, alors séparons-nous en adultes consentants, acceptons notre échec et, à l’image d’une relation amoureuse où les deux partenaires ne souhaitent plus s’investir à 100%, rompons ! Pas d’hypocrisie, à bat les masques ! Mieux vaut vivre seul, heureux et prêt pour l’avenir qu’à deux, malheureux pieds et poings liés.

Qui voudrait gâcher le brassage de cultures, ce qui fait qu’on se sente Belge dans le monde entier, et qu’on ne se sente absolument pas Français, Hollandais ou Allemand ? Réfléchissons-y et cessons de regarder notre pays foncer contre un mur de mots creux et de solutions juridiques et politiques démentes. Osons dire que nous avons beaucoup d’efforts à faire, que BHV n’est qu’un début et que tant que tous les Wallons ne comprendront pas les enjeux de ce dossiers et les aspirations flamandes, tant qu’ils s’y opposeront sans vraiment creuser derrière les raisons des velléités de leur voisins du nord, c’est qu’ils ne mériteront pas de vivre dans une Belgique unie et qu’ils seront toujours trop idiots et têtus pour avancer sainement vers demain. Alors De Wever et sa clique auraient raison depuis fort longtemps.

Tags : ,

2 réponses à “Humeur d’actu alitée : la fête nationale belge”

  1. URBAIN JJ 20 juin 2012 sur 11 h 42 min #

    Bonjour,
    Pourquoi dire que la Belgique est composée de deux états?
    Vous ignorez que des francophones (180.000)habitent en région flamande. Je suis moi-même flamand par ma famille maternelle et francophone et française par ma famille paternelle.De même parler de frontières (linguistique) dans notre pays alors que les frontières ont été abolies et ce terme est à banir !!!
    Pourquoi parler de communauté française et non pas de communauté francophone. Nous ne sommes plus Français depuis la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815. Nous sommes des francophones comme les Canadiens francophones, les Suisses, et autres francophone de par le monde…..
    Cordialement

  2. Aurélien 15 juillet 2012 sur 14 h 31 min #

    Je ne l’ignore pas, je travaille tous les jours en région flamande, là où Flamands et Wallons habitent la même terre. Le terme est peut-être à abolir, mais « Frontière linguistique » est pourtant bien utilisé et ce à tout bout de champ. La Belgique est de facto composée de deux états. Lorsque des choses aussi fondamentales dans la construction d’une identité culturelle comme l’enseignement, l’aménagement du territoire, la culture, la fiscalité, le tourisme… sont séparés et gérés par deux gouvernements différents, je pense pouvoir dire que nous vivons dans un Etat composé de deux nations. Je trouve cela très enrichissant, mais pour avoir vécu 7 mois à Leuven, je trouve que la vie, les plaisirs, les centres d’intérêts, les interactions entre personnes, le cinéma, la musique… tout tout est différent. Déménager et vivre à 30km de là, en Wallonie c’est comme vivre dans un autre pays. Comment obliger une communauté à se sentir solidaire de l’autre quand tant de choses divergent ? Nous sommes de bons voisins, et nous avons beaucoup de points communs, mais nous vivons de fait dans un pays divisé en deux. Et les francophones vivant en Flandres ne changeront rien au fait que le Wallon s’amuse en ducasse de Chimay à Bastogne, et qu’il dit bonjour à tout le monde dans son village tandis qu’en Flandres les vélos roulent à foison et que les feux rouges sont noir et jaune ;-)


Répondre