3 septembre 2008 Soyez le premier à réagir

Lʼortograf nʼè kʼ1 afèère de konvention

Et on le sait, les conventions font toujours leur temps… alors, pourquoi se borner à les défendre vainement ?
Les Anglo-saxons se marrent bien sur notre compte. Avec notre « exception culturelle française », nous sommes à présent le seul pays au monde à subir les effets dévastateurs et dictatoriaux dʼune Académie (française) seule habilitée à énoncer la façon dont papa, maman et leurs enfants doivent écrire et parler.
Alors que tous les linguistes sʼaccordent sur lʼévolution naturelle (et nécessaire) dʼune langue, nous gardons un système rigide dʼimposition de règles en veux-tu en voilà sur notre orthographe. Ça fonctionne, dira-t-on, alors pourquoi y toucher ?

Ça ne fonctionne pas des masses, au vu de lʼexpansion du langage SMS, de lʼorthographe calamiteuse des jeunes francophones, de la difficulté avec laquelle nos profs et nos parents tentent de justifier tel ou tel point de grammaire, de la difficulté avec laquelle les étrangers tentent de maîtriser notre langue, etc.
Avec le français, cʼest bien simple, quʼon soit allophone, francophone, professeur de français ou même grand écrivain, il ne se passe pas un jour sans que lʼon doute sur la façon dʼécrire tel ou tel mot, et sur la façon dʼen accorder un autre. Nos règles sont trop rigides et leur manque de souplesse les font se craqueler de toutes parts : les fautes apparaissent et sʼaffichent ouvertement partout : blogs, journaux, publicité (surtout elle), panneaux, télévision, cours primaires, secondaires et supérieurs (ben tiens !), lettres, CV, documents officiels… elles nous submergent et nous rappellent chaque jour combien le
français doit évoluer dans sa manière dʼêtre manipulé.

Ma théorie, cʼest de faire comme tous les autres locuteurs du monde : laisser à lʼusage son rôle de moteur évolutif et de régulation de langue. Des mots doivent naître, aussi odieux puissent-ils paraître à leur naissance, et dʼautres doivent mourir, tôt ou tard. Les usages, les us et les coutumes aussi doivent changer, au même titre que nos mentalités et que nos modes de vie. Le vingt et unième siècle veut se simplifier la vie, et ce nʼest pas chose à reprocher, alors simplifions aussi ce par quoi toute notre connaissance et toute lʼorganisation de notre société passe : notre chère langue de Molière !

Il y a bien eu la réforme de 1990, vieille de près de vingt ans aujourdʼhui, jamais appliquée et mal fichue. La motivation est louable : alléger les règles grammaticales françaises et recentrer les logiques internes propres à la langue. Cela dit, on a fait les choses à moitié, car si on a simplifié lʼécriture des nombres (toujours lier les éléments par un tiret), lʼaccord des noms composés (toujours accorder le second mot), si on a tenté de simplifier les règles de simples et de doubles consonnes, si on a tenté de simplifier les graphies (suppression quasi générale des accents circonflexes), on a fait une erreur : on nʼa une fois de plus pas respecté lʼusage. Or, lʼusage veut par exemple quʼon garde nos chers accents circonflexes, qui signifient quʼautrefois nos ancestres plaçaient un « S » juste après la voyelle chapeautée. Cʼest joli, ça fait français et ça ennuie tout le monde quand il sʼagit de taper un texte à lʼordinateur, mais cʼest lʼusage, point final. Pire ! Si la réforme de 1990 ne rend pas les règles dʼauparavant obsolètes, elle ne veut pas cohabiter avec elle.

Autrement dit, moi qui trouve que la réforme sur lʼécriture des nombres et des mots composés est très utiles, logiques, facilement acceptées par mes contemporains qui lisent ce que jʼécris, peu importe leurs choix de datation dans la grammaire, et si dans le même temps je trouve que supprimer les accents circonflexes choquent tout le monde et dénature ma propre langue dans laquelle je mʼexprime depuis ma plus tendre enfance, alors je suis un fraudeur de lʼorthographe. En effet, celui qui écrit une seule fois mille-huitcent-quatre-vingt-trois est condamné à écrire maitre, paraitre et surement sous peine quʼon lui reproche de ne pas savoir écrire, de ne connaître aucune règle et de nʼavoir aucune rigueur.

Alors à tous mes profs de français pointilleux sur les manières, à tous ces doctorants isolés dans leur tour dʼivoire et à tous les Académiciens dont la moyenne dʼâge ne doit guère descendre en dessous des cinquante ans, je dis allez vous faire v… On écrit comme on le sent, selon lʼusage et la pression sociale, cʼest un outil de régulation suffisant selon moi. Si je nʼexclus pas les bases élémentaires et les règles générales, je pense sincèrement quʼon ne devrait plus être oppressés par notre propre langue lorsquʼil
sʼagit dʼécrire une lettre à son patron, à son assureur ou à son amoureuse. Pire ! Jʼestime que la réforme de 1990 devrait être réadaptée à notre époque, ou être tolérée partiellement dans lʼancienne orthographe.
De toute façon, ce ne sont que des idées personnelles, mais je suis persuadé quʼun jour ce vieux modèle dʼune Académie française craquera, parce que cette Académie est péteuse et détestable, elle est élitiste à souhait, et fut instaurée par un tyran dans un but clairement politique. Je ne verrai probablement jamais le jour où lʼon apprendra dans nos écoles quʼil nʼy a que lʼusage qui justifie tel ou tel choix, voir plusieurs, et quʼon pourraécrire de manière légèrement différente en fonction de son vécu, de son âge, de sa condition sociale, de son sexe, de son humeur, de sa personnalité et de ses goûts esthétiques mais… les utopies nʼont pas de limite !
Creative Commons License photo credit: fabienne D.

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