Mille chantiers qui composent ma vie
Présentement en séjour Erasmus en Allemagne, plus précisément à Sarrebruck, je me remémore aujourd’hui le chantier Damien au Bangladesh au détour d’une belle conversation avec une connaissance que j’apprends chaque jour à apprécier un peu plus. À me souvenir de ces images, de ces sons et de ces odeurs qui sont gravés à jamais en moi, je me dis parfois qu’ici, en Allemagne où ailleurs en Europe, tout est finalement bien pareil — et pourtant déjà si différent — que dans ma petite Belgique natale. Nous nous préoccupons encore et toujours de choses bien futiles, et nous nous rendons malheureux d’événements qui sont autant de chances pour nous que d’autres ne connaîtront jamais. L’Européen occidental moyen a beau avoir des centaines d’années d’une civilisation brillante, de penseurs audacieux et de scientifiques éclairés derrière lui, il demeure profondément vide, bête et bigleux.
Des chantiers qui composent ma vie, la plupart sont encore à ouvrir, à penser, à mûrir. Et des quelques-uns qui seraient déjà entamés, où en suis-je donc ? Qu’ai-je donc fait de si utile et de si bien que cela dans ma vie ? Et si finalement le travail, ici, en Europe, n’était qu’une échappatoire, un divertissement permettant d’oublier qu’il y a des choses bien plus importantes que la productivité, le stress et le client, le professeur ou le patron qui, ne me passez pas l’expression, vous emmerde royalement. Lorsque tout le monde pourra manger, boire, s’instruire (ce qui est différent d’être instruit), se soigner et s’aimer, alors peut-être pourra-t-on m’inciter à mettre mon confort et ma performance économiques à l’avant-plan. En attendant, chers confrères occidentaux égocentriques, laissez moi vous dire et me rappeler qu’en fait vos soucis, ceux que trop souvent je me surprends à partager, m’indiffèrent complètement et que si je les observe d’un œil curieux, je les méprise parfois à mesure égale que la misère m’écœure.



