Oublier hier, apprécier aujourd’hui, envisager demain
L’amour frappe à ma porte un lundi soir, je reçois un colis, j’espère que je n’aurai pas à le regretter. Ovide avait bien dit dans l’Art d’aimer que pour juger de la beauté, la nuit et le vin n’étaient pas de bon conseil. Il s’est trompé !
Je prends le colis avec maintes précautions. Le premier m’avait douloureusement échappé des mains et les précédents, interceptés l’espace de quelques instants, de quelques intermittences, ne m’avaient pas convaincu.
J’entreprends de couper les plastiques et je déballe le carton, frénétique, comme un gamin pressé de découvrir sa surprise : je mets à nu mon précieux, je suis dans un état second, l’osmose est trop parfaite pour être vraie. La nouveauté a du bon, elle permet d’oublier hier, d’apprécier aujourd’hui et même d’envisager à nouveau demain. Toutefois, la nouveauté ne dure par définition jamais, il faut d’abord se méfier, l’appréhender avec prudence. Quelque chose de nouveau est entré dans ma vie, j’ignore pour combien de temps, je ne sais pas comment faire, encore moins comment bien m’y (re)prendre. Éternel maladroit, je n’ai pas pris le temps de lire de mode d’emploi, de toute façon je l’ai déjà égaré. Je ne voulais pas l’ouvrir cette boîte, elle s’emballe trop rapidement et à battre trop vite la chamade, elle ne peut que se déchirer un jour en mille morceaux, dieu sait s’ils sont difficiles à recoller. Pourtant je me sens heureux, heureux de l’avoir rencontrée : peu importe le moment, peu importe l’endroit, peu importe les circonstances : c’était dans le temple de la jeunesse et de l’insouciance, celui-là même où les étudiants sacrifient leur sommeil et leurs soucis aux dieux éthyliques. Je disais que je suis heureux donc, heureux de ne rien avoir vu venir, de me laisser volontairement porter à la dérive sur les dangereux remous des sentiments.
Elle est belle, elle est drôle, elle est sensible, je ne cherche pas plus loin : elle est pour moi ! Je n’invente rien en reprenant l’expression « l’essayer, c’est l’adopter ». Tête, cœur et hormones, faites place pour votre nouvelle princesse. Hors de question de discuter, Dame Raison, je garde le colis ! Pardon Demoiselle Providence ? Ah oui, signer le reçu, voilà ! J’irai verser une nouvelle offrande dans le temple de la jeunesse, à votre bon souvenir Demoiselle Providence, pour vous remercier et pour fêter la fin des examens avec Elle.


