1 juin 2009 7 commentaires

Société – Je m'interroge devant la violence

Après avoir regardé le reportage de Paul Moreira sur les chasseurs de pédophiles occidentaux au Cambodge, diffusé sur la RTBF dans Question à la une et après en avoir longuement discuté avec ma petite amie, je me suis demandé ce que je pensais vraiment de tout ça, outre la répugnance et la honte que cela m’a inspirées. Qu’est-ce qui peut amener un adulte à acheter des enfants pour leur faire subir des sévices sexuels et, particulièrement, qu’est-ce qui les pousse à le faire en toute impunité dans des pays rongés par la corruption et paralysés par une justice et un État défaillants ?

Qu’est-ce qui est arrivé en premier, la loi ou la morale ?
Photo de bitzcelt CC-BY-NC-ND

Il y a ces gardiens de nuit, ces chauffeurs de bus, ces accompagnateurs de train, ces sexagénaires, ces enfants et tant d’autres qui font régulièrement la une parce qu’on les a agressés, parce qu’on les a violés, parce qu’on les a tués parfois. Pourquoi leur a-t-on fait du tort ? Pour de l’argent, pour se venger, de qui et de quoi ? Pour le plaisir de détruire ? Y a-t-il un lien entre la montée de la violence chez nous — ou la sensation que j’en ai en grandissant et en étant plus attentif au monde dans lequel j’évolue — et ces pédophiles, dont l’horreur du mot suffit, qui commettent leurs abominations dans ces pays où les enfants courent les rues ?

On considère les viols et la pédophilie comme des crimes graves, comme on a jugé sévèrement les nazis au sortir de la guerre. Par contre, on considère que la consommation d’alcool (abusive), que la consommation de drogues, douces ou dures, que le vol ou que la maltraitance envers sa femme sont des délits, pas des crimes, et qu’ils sont donc moins graves. Pourtant, lorsqu’un homme en tue un autre, qu’il viole une femme ou qu’il vole un CD, il sait très bien qu’il fait quelque chose de mal. La question c’est : pense-t-il qu’il fait quelque chose grave uniquement en fonction de la sentence encourue « s’il se fait prendre » ? Ces hommes qui battent leur femme silencieuse et soumise, ces autres qui violent des gosses au nez de tous, les ayant achetés pour une poignée de billets à l’aîné de la famille, ne se retrouvent-ils pas dans un rôle, celui du bourreau convaincu qu’il est de sa légitimité devant la soumission de leurs victimes et devant l’absence de réprobation catégorique de la part de leurs pairs ?

Finalement, la morale inconditionnelle dont parle Kant n’existerait pas, ou tout au plus serait-elle accessible pour un certain nombre d’entre nous ? Si l’éducation est certes un facteur qui peut mener à cette morale inconditionnelle, peut-elle pour autant s’en porter garante pour tous ? Est-ce que la morale dont on s’arme est viable si le couperet de la répression ne planait pas au-dessus de nos têtes ? Combien de fils « bien éduqués » ont déçu une fois qu’ils volaient de leurs propres ailes ? Et cette petite fraction de gens dans laquelle je me reconnais, celle qui préfère se tenir à un principe, ne pas poser un acte qu’ils savent ou qu’ils pensent mal ; le font-ils vraiment dans cette optique, ou ont-ils tout au plus peur, plus que d’autres, du regard extérieur, des punitions et du poids de la société ? Et si j’avais raison, si le respect des autres et d’une morale passait obligatoirement par une forme de répression, que penser de ce vent de « libertisme » à tout prix prépondérant chez les « parents modernes »? Que dire de cette tolérance outrancière de toutes les incivilités et du reste ? Avec et contre quoi se forger et surtout, que craindre, quelles limites s’imposer, quels repères dans une vie ?

Alors, je me demande honnêtement, sur cent hommes qui se retrouveraient isolés dans un pays en voie de développement comme le Cambodge, avec une police sous-payée et inefficace, avec quelques relations haut placées et sans aucune pression sociale de la part des gens qui (sur)vivent dans ce pays, sur cent hommes issus de notre société et bien sous tout rapport jusqu’à aujourd’hui, combien en arriveraient, par un hasard ou l’autre, à acheter un enfant pour $70 en sachant (croyant) qu’ils ne risquent rien ?

Objecteur de conscience : que vaut la morale inconditionnelle pour vous ?
Photo de Drewdlecam BY-NC

Puis il y a tous ces actes de violence gratuite auxquels nous sommes confrontés chaque jour, depuis tout petit. Les violences familiales, la violence dans les paroles et dans les gestes à l’école, dans les transports en commun, dans les espaces publics, à la télévision, dans la presse… ces actes seraient-ils toujours si fréquents si les sanctions étaient immédiates, assurées et adaptées ? Quand ce juge d’Anvers proteste contre la non-application des peines en acquittant un voleur de G.P.S. pris la main dans le sac, quel signal est donné en haut lieu et quel signal est reçu partout ailleurs ? Je suis à l’opposé de la pression policière et je suis de ceux qui pensent que si on choisit de sacrifier sa liberté pour sa sécurité, alors on n’obtient et ne mérite ni l’un ni l’autre. Cependant, je pense aussi que le sentiment d’impunité et l’excès de tolérance sont les prémices d’un certain laisser-aller, d’une forme de décadence latente et globale qui s’installe dans notre société, ici, aujourd’hui, en Belgique et ailleurs dans le monde. Je pense aussi que ce sentiment d’impunité est directement lié avec le culot de plus en plus sidérant avec lequel des actes de violence gratuite sont commis. J’espère me tromper et surtout que cela change, parce que loin de tomber dans la paranoïa, cette violence parfois me tétanise.

7 réponses à “Société – Je m'interroge devant la violence”

  1. hoppy 5 juin 2009 sur 17 h 48 min #

    Et si cette violence venait justement de la violence familiale (violence, violence psychologique, inceste…) que certains enfants subissent dans leurs jeunesse.
    Une fois devenu adulte; quand enfin ils ont la possibilité de se « venger » (consciemment ou pas), ils le font sur des victimes innocentes; comme ils l’ étaient eux-même enfants.

    Et la boucle est bouclé…

  2. Aurélien Paulus 5 juin 2009 sur 21 h 11 min #

    Probablement que la violence s’apprend, en tout cas elle s’expérimente. Ce que je me demande, c’est comment lutter contre elle.

    Je pense à deux pistes : apprendre la non violence à nos enfants (à un maximum de personnes) et punir les actes de violence (tout en laissant la possibilité d’apprendre à ne plus commettre des erreurs, dans les cas récupérables. J’entends par là que les pédophiles et autres meurtriers fous ne sont pas, à mon avis, « récupérables »). Mais, quand on punit, quel signal lance-t-on ? N’est-ce pas souvent donner lieu à des dérives dans la violence (non respect des droits humains, séquestrations et autres…). D’un autre côté, peut-on être laxiste face à la violence ? C’est la même image que le gosse roi qu’on ne gifle jamais sous prétexte que ça ne servirait à rien…
    Mais la première piste de l’éducation, ne peut-elle marcher que si un bâton pendait au-dessus de nos têtes ?

    La loi est-elle forgée par la morale ou l’inverse ? Quand un nazi extermine un juif ou qu’un homme viole une femme, tout deux savent très bien que c’est mal, mais qu’est-ce qui les en aurait empêché et qu’est-ce qui fait que dans telle ou telle situation, ils osent le faire ? D’où ma théorie : l’impunité du moment. Le nazi ne risquait rien, alors pourquoi ne pas suivre le mouvement, « tenter l’expérience » ou laisser libre cours à ses pulsions ? L’occidental pédophile au cambodge, comme ceux dénoncés dans le documentaire, jouit de relations et d’un respect de la population locale de par sa richesse et se permet de s’adonner à ce genre d’actes. En serait-il ainsi s’il risquait la mort ? D’ailleurs, on ne voit personne s’adonner ouvertement à la boisson dans ce genre de pays car elle est sévèrement réprimée… Les nazis savaient que la majorité des gens méprisaient leurs actes et les pédophiles en sont tout aussi conscient, mais ils se disent qu’ils sont protégés tantôt par un mécanisme légal (le national socialisme), tantôt par un mécanisme juridique (la corruption, l’inefficacité, etc.)

    Bref, la morale, la punition, des choses étrangement liées alors que dans l’idéal, ce qui n’est pas bien devrait ne pas être commis pour cette seule raison et sans condition… mais ça c’est apparemment pas dans les trippes de l’homme.

  3. Bingo 5 juin 2009 sur 22 h 23 min #

    Ce genre de souffrances existe parce que des adultes profitent de la pauvreté d’autres pays. Quand ces adultes arrivent dans ces pays toutes les portes leur sont absolument ouvertes car ils ont l’argent, bien souvent les familles elles mêmes envoient leurs enfants à la prostitution ça leur rapporte c’est triste je sais. Il n’y a pas de lien entre la violence qui monte et les pédophiles, tout à toujours existé sauf que maintenant dans notre monde actuel avec tous les moyens d’informations nous pouvons nous rendre compte de plus en plus de chose et nous sommes beaucoup plus nombreux. Je ne pense pas que l’éducation est à voir beaucoup au niveau des pédophiles ont peu y voir des gens très bien éduqués qui ont passé tout leur dimanche à l’église.
    Pour moi ma liberté s’arrête au moment ou mes actions peuvent déranger mes pairs.

  4. hoppy 6 juin 2009 sur 14 h 16 min #

    Des pychologues, sociologues, philosophes et autres on fait des recherches très éclairante sur l’ »origine de la violence ».

    Alice Miller est l’une d’entre-eux, elle à fait de nombreuses recherches, et publié des ouvrages très intéressant sur la violence.
    Dans uns de ses ouvrages elle aborde le sujet du nazisme.
    Comment un homme a t’il pu en arriver à un telle violence? Et surtout comment se fait t’il que des milliers d’ autres l’ai suivi.
    L’auteur Français Olivier Maurel a aussi publié un livre récemment: « Oui la nature humaine est bonne ».
    Qui offre des pistes de compréhension des mécanismes de la violence.

  5. Aurélien Paulus 6 juin 2009 sur 16 h 12 min #

    Et bien merci pour ces pistes, je les explorerai probablement mais pour le moment… ce sont les examens ! ;)

  6. Aurélien Paulus 6 juin 2009 sur 20 h 30 min #

    Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu affirmes Bingo, le lien entre la violence et la pédophilie n’est pas évident.

    Mais tu le soulignes du point de vue sur lequel je m’interroge : même les familles sur place participent à ce trafic d’êtres humains. Est-ce pour autant la raison de s’y adonner ? Alors, le lien avec les faits de violence chez nous et la pédophilie (chez nous comme à l’étranger, mais dans ce cas particulièrement dans ces pays où on ferme les yeux) n’est-il pas le laxisme et l’absence de toute réprimande ?

    Bien évidemment que violeurs, pédophiles, criminels et tueurs ont toujours existés, ils existeront probablement toujours. Mais qu’est-ce qui pourrait changer la donne, les empêcher de passer à l’acte sans pour autant barricader nos bus en tankers non conviviaux, sans placer de caméra/GPS sur chaque gosse, sans que les femmes devant passer dans des quartiers louches doivent s’équiper de bombe lacrimogène…
    Autrement dit : faut-il dissuader de manière oppressante pour tous ce genre d’acte, faut-il réprimer plus sévèrement les auteurs une fois qu’ils sont commis, faut-il passer par l’éducation (nous sommes d’accord, elle ne protège de rien, mais elle a quand même une influence primordiale), et particulièrement ces notions de respect de l’autre, de morale inconditionnelle, ou faut-il faire un mixage ?

  7. hoppy 10 juin 2009 sur 15 h 47 min #

    @Bingo

    « Les gens bien éduquées qui on passés leurs dimanche à l’église. »
    Parfois ce genre de familles cache une réalité toute autre.
    Ce dont tu parle ce sont les apparences exterieur. Ce qui se passe à l’abris des regards dans ce genre de familles très « rigide » est quelquefois bien inavouable.
    Chaque fois que je vois des meurtres, et autres, au 2O heures, lorsque les journalistes interroge les voisins.
    Ces voisins sont choqués que des gens si bien en apparence, qui disaient tout le temps bonjours ai pu « péter les cables » et commettre un tel crimes.

    Sinon bien d’accord avec vous: le lien pédophilie/ violence n’est pas pertinent.

    Pour moi les pédophiles sont avant tout des gens malades, qu’ils faut aider, et soigner c’est le seul moyen d’empécher des drames.
    C’est gens devrais pouvoir se rendre dans des hopitaux ou des structures pour pouvoir se faire aider.(Je parle des gens qui ne sont pas encore passé à l’acte bien sure.)


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